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Bonne lecture !

Le réseau de la santé est-il infecté par la culture des jeux de pouvoir ?
par Jacques Fournier
 
Le 25 janvier dernier, Bernard Drainville, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, émettait un communiqué de presse pour s'interroger sur le bien-fondé du projet du MSSS d'imposer une fusion entre le CSSS Champlain et l'Hôpital Charles LeMoyne (HCLM).
 
Selon M. Drainville, « une telle décision pourrait s'avérer néfaste pour le CSSS Champlain, qui comprend deux CLSC et des CHSLD. Ces petits établissements risquent de se retrouver perdants face à un hôpital universitaire affilié qui, par sa nature même, nécessite d'importantes ressources, notamment financières. De plus, je crains qu'une éventuelle fusion avec l'HCLM affecte les services de proximité du CSSS Champlain, dont les services de première ligne et les soins à domicile. »
 
Les inquiétudes fondées exprimées par le député nous amènent à nous poser une question de fond : les différentes réorganisations qui ont affecté le réseau de la santé et des services sociaux depuis vingt ans ont-elles une origine interne (l'amélioration des services) ou n'ont-elles pas plutôt été inspirées par des éléments externes, à savoir la culture mondiale des jeux de pouvoir ?
 
Pour répondre à cette question, revenons au début des années 90. C'est à ce moment qu'ont commencé les premières fusions dans le réseau de la santé et des services sociuax. On a d'abord regroupé des CLSC avec des Centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). A chaque fois, la logique invoquée était l'amélioration de la continuité des soins. Puis, à la suite de la loi 25 imposée sous le bâillon en décembre 2003, les fusions forcées se sont intensifiées, impliquant alors des CLSC, des CHSLD et des hôpitaux non universitaires, regroupés sous le nom de Centres de santé et de services sociaux (CSSS). Récemment, le MSSS a commencé à concevoir des plans pour fusionner certains hôpitaux « universitaires affiliés » avec des CSSS déjà très gros.
 
Ce qui étonne dans ces regroupements, c'est que la littérature scientifique largement majoritaire indique que les fusions n'apportent pas les résultats escomptés en ce qui concerne l'amélioration et la continuité des services. Au contraire, les établissements fusionnés offrent des services moins proches de la population, plus lourds, moins efficaces, ils sont plus bureaucratiques, le personnel y est davantage démobilisé et le pouvoir des usagers et des employés d'améliorer la qualité des services se perd.
 
Des fusions sans fondement scientifique
 
Selon les chercheurs Alain Dupuis et Luc Farinas, les fusions sont le fruit d'une mode dangereuse : « Il s'agit d'une mode managériale sans fondement sérieux au regard des sciences de l'organisation et qui pousse l'ensemble du système vers le modèle de la grande entreprise divisionnalisée. Sous l'effet de ce modèle, nos organisations risquent de devenir toujours plus grosses, plus formelles, plus abstraites, plus impersonnelles, plus superficielles, vides d'engagements et de jugements éclairés.» (Cahier de recherche du Cergo, 2009, Énap et Téluq).

La « nouvelle gestion publique » (NGP), une mode ou une doctrine inspirée de l'entreprise privée et qui constitue un véritable fléau pour le secteur public, donne ses fruits les plus amers dans les cas de fusions.

Comment expliquer le maintien de politiques qui vont à l'encontre des résultats de la recherche scientifique ? A mon avis, les dirigeants du réseau de la santé et des services sociaux se sont inspirés de la nouvelle culture des jeux de pouvoir qui prédomine dans les grandes entreprises multinationales. Cette culture valorise la concentration du pouvoir entre les mains du plus petit nombre d'individus possible, la mise à l'écart de toute forme de pouvoir décisionnel par les citoyens ordinaires et l'accroissement des écarts de revenus. C'est une culture qui donne une rente à la ruse, à la rapidité, à la spéculation, à la rétention d'information, au mensonge, à la compétition extrême, au « big is beautiful », à la cupidité et, pour faire image, à l'attaque directe, meurtrière, à la carotide.

Le « jet set » financier international domine : une poignée d'individus voyageant en avion privé, dont la rémunération annuelle n'a pas de plafond connu et qui n'a aucune idée des conséquences sur le terrain des décisions qu'ils prennent. Cette culture a jeté notre monde dans une crise économique sans précédent en 2008 et ses fondements n'ont par la suite aucunement été remis en question par les grands décideurs politiques et économiques : tout est en place pour des rééditions régulières de cette crise.
 
Les dirigeants du réseau de la santé et des services sociaux, hypnotisés eux aussi par cette culture, intoxiqués par une doctrine managériale sans fondement, coupés de la base, veulent concentrer davantage de pouvoir entre quelques mains. L'ordre de grandeur n'est évidemment pas le même que celui des compagnies multinationales mais l'approche managériale « plus c'est gros, mieux c'est » fait l'objet de la même vénération. Le discours sur la continuité des services constitue un écran de fumée fort efficace. Et les services publics de proximité se détériorent à la même vitesse que la gouvernance mondiale de l'économie.
 
Une bonne nouvelle : le conseil d'administration du CSSS Champlain, contrairement à celui de l'hôpital,  s'oppose à la fusion forcée. Un bel exemple de résistance citoyenne.
 

13 janvier 2009
 
S'activer autrement
par Jacques Fournier
organisateur communautaire retraité
Lettre parue dans Le Devoir du 15 janvier 2010
 
Claude Castonguay propose que les aînés travaillent plus longtemps, pour le bien-être de l'économie. Je ne partage pas son analyse. Pour éviter la catastrophe, il faut plutôt aller vers la décroissance organisée, la fin de l'hyper-consommation et la simplicité volontaire. Il faut aussi encourager les retraités à être davantage utiles socialement, par une implication bénévole, militante ou citoyenne plus grande. Ce qui est plus agréable que d'être pressurés par un patron toujours désireux d'augmenter la productivité par tous les moyens.


18 juin 2009
 
QUEL RÔLE POUR LE MOUVEMENT COMMUNAUTAIRE DANS LA MOBILISATION SOCIALE?
par Jacques Fournier, organisateur communautaire retraité
Ce texte a été publié dans le journal communautaire Point Sud, juin 2009
 
Les groupes communautaires ont toujours eu, au Québec, un rôle important dans la participation citoyenne et la perception anticipée des problèmes sociaux. Souvent, ce sont des groupes communautaires qui ont découvert les nouveaux besoins et mis de l'avant des pistes de solution. Les gouvernements ont par la suite « récupéré », au sens positif du terme, ces solutions et adopté des lois pour les mettre en vigueur, au bénéfice de toute la population.
 
Par exemple, ce sont les ACEF, les associations coopératives d'économie familiale, qui ont été les premières à jeter un éclairage cru sur les problèmes d'exploitation des consommateurs et, plusieurs années plus tard, le gouvernement a mis sur pied l'Office de la protection du consommateur (OPC). De même, les CLSC ont été créés par le législateur dans la foulée des cliniques populaires de santé de la fin des années 60.
 
Les syndicats ont également joué ce rôle d'éclaireur social : combien de projets de loi à saveur sociale et progressiste ont vu le jour grâce aux pressions syndicales? (l'assurance-santé, le zonage agricole, etc.). Ces projets de loi apportent des bénéfices non pas aux seuls syndiqués mais à tous les citoyens.
 
Groupes communautaires et syndicats ont historiquement été des outils puissants de participation citoyenne : ils ont fait découvrir à leurs membres qu'unis, ils pouvaient, comme citoyens, mettre leur grain de sel dans les débats publics, avec confiance, avec un espoir réel que les choses puissent changer pour le mieux. Ils ont aidé les citoyens et citoyennes à combattre leur sentiment d'impuissance.
 
Les choses ont-elles changé sous ce rapport en 2009, comparativement aux années antérieures? Concernant les groupes communautaires, on observe parfois, dans certains groupes, une baisse de cette fonction de critique et de participation sociale. Comment cela peut-il s'expliquer? Comparativement à il y a vingt ans, le gouvernement finance de plus en plus les groupes communautaires, qui assument toutes sortes de responsabilités, pour une fraction du prix, comparativement à ce que cela coûterait si ces services étaient offerts par le secteur public. En 1991-92, dans le secteur de la santé et des services sociaux, le gouvernement versait au PSOC (Programme de soutien aux organismes communautaires) la somme de 57 millions $. En 2008-2009, ce montant a été multiplié par sept et atteint 395 millions $.
 
Grosso modo, pour la moitié des groupes, cela n'a rien changé à leur fonction de critique sociale et de participation citoyenne. Mais malheureusement, environ la moitié des groupes en ont conclu, à tort selon moi,  que ce financement accru leur enlevait le droit de prendre position et de se déployer dans la sphère publique, que ce soit concernant les dossiers sociaux, la question nationale québécoise, l'implication municipale, etc.
 
Nous avons besoin d'un mouvement citoyen fort. Nous avons besoin que tous les groupes communautaires, en plus de remplir adéquatement les mandats pour lesquels ils reçoivent, de façon pertinente, du financement gouvernemental, gardent leur autonomie et leur esprit critique et ne s'auto-censurent pas dans leurs prises de position. Leur apport enrichit considérablement le fonctionnement démocratique de notre société.
 

16 mars 2009
 
Quel marketing pour les causes sociales?
par Jacques Fournier, organisateur communautaire retraité
 
Le 12 mars se tenait à l'UQAM une soirée sous le thème « Notre société de consommation, quel avenir?  La rencontre était organisée par Option consommateurs et réunissait quatre conférenciers, dont Christian Désîlets, professeur en publicité sociétale de l'Université Laval et ancien d.g. de Cossette communications marketing. Il a tenu des propos provocateurs et brillants qui sont loin d'avoir fait l'unanimité dans la salle.
 
Il a d'abord tracé l'évolution typique d'une cause sociale en trois étapes :
 
1. Démonstration rationnelle du problème (exemple : la planète se détériore)
2. Démolition du « discours dominant » qui contredit cette cause, appel à l'État pour qu'il modifie le cours des choses
3. Institutionnalisation de la cause.
 
Selon lui, les spécialistes en marketing constatent une « légèreté » du consommateur de causes sociales, par exemple en environnement : ce consommateur ne passe pas à l'acte.
 
Il pose la question crûment : y a-t-il une surconsommation des causes sociales? Pour lui, il y en a tellement qu'elles sont en concurrence pour les mêmes fonds et les mêmes appuis : leurs « parts du marché des causes sociales » sont réduites. Il constate alors un « aplatissement » du marché : toutes les causes sociales commencent à se ressembler. Cela favorise le relativisme et la cynisme de la population
 
Deux facteurs particuliers sont observés au Québec par les spécialistes en marketing:
 
1.  une psychologie d'assiégés : notre avenir comme peuple est menacé,
 
2.  on est plus hédonistes que les Canadiens et les Américains, on vit dans l'ici et le maintenant.
 
Face à la question environnementale, la menace d'un futur tragique entraîne certains Québécois à se dire : puisque tout est perdu, on doit en profiter aujourd'hui. En décembre 2008, les Québécois ont maintenu leur rythme de consommation, contrairement aux Américains et aux Canadiens ; ils se disent : puisque la récession s'en vient, autant en profiter maintenant. Si la cause environnementale crée une peur du futur, les Québécois peuvent en conclure : vivons et consommons maintenant. Pour M. Désîlets, il y aurait donc un effet pervers : on incite les gens à consommer moins pour ne pas épuiser la planète, mais ils en concluent qu'il reste peu de temps à surconsommer gaiement. Donc la peur n'est pas une bonne façon de convaincre les Québécois de protéger l'environnement et de consommer moins. Certains disent que la fin du monde est proche; or M. Désîlets constate, à travers les siècles, que la fin du monde est toujours en retard…
 
M. Désîlets note que plusieurs croient que le marketing, c'est faire vendre de la m…; pour lui, c'est plutôt l'art de sonder les consommateurs pour que les producteurs fabriquent ce que les consommateurs voudraient réellement acheter. Il dit que si nous ne cherchons pas à comprendre comment les gens pourraient réagir à nos messages (au sujet de l'environnement, de la surconsommation, etc.), nos campagnes sociétales seront des échecs.
 
Commentaire
 
 Le marketing, de fait, ce sont deux choses : connaître les motivations des consommateurs et les obstacles devant le passage à l'acte (l'achat, le changement d'attitude, etc.). M. Désîlets a raison de nous dire de nous intéresser à la réaction réelle possible des personnes que l'on cherche à convaincre (face à l'environnement, la lutte à la pauvreté, la simplicité volontaire, le maintien de la gratuité dans la santé, la souveraineté du Québec, etc.).
 
 Mais il me semble faire preuve de beaucoup de pessimisme concernant le passage à l'acte. Les progressistes pourraient jouer, eux aussi, sur l'hédonisme et la volonté de mener une vie agréable, ici et maintenant, corde sensible des Québécois. Louis Chauvin, président du Réseau québécois pour la simplicité volontaire, l'un des quatre conférenciers le soir du 12 mars, faisait valoir que, selon des recherches, les adeptes de la simplicité volontaire se disent plus heureux que les personnes qui recherchent l'abondance de biens et qui n'en sont jamais satisfaits. Les progressistes partent perdants s'ils présentent les réformes qu'ils recherchent comme étant une quête triste et douloureuse.
 
 En fait, il faut clarifier si la recherche d'hédonisme des Québécois est uniquement celle du plaisir (ce qui est la définition de base de l'hédonisme) ou plus profondément celle du bonheur. M. Chauvin définit le bonheur comme étant quelque chose d'intérieur, d'exigeant, il faut y travailler (référence au moine bouddhiste Mathieu Ricard). Alors que le plaisir, c'est extérieur : c'est la recherche de dopamine, un neuro-transmetteur qui stimule et qui entraîne une forme de plaisir, c'est une drogue, addictive, on n'en a jamais assez, il en faut toujours plus pour continuer à avoir du plaisir, c'est là où on retrouve le monde de la surconsommation.
 
 Comment faire en sorte que les gens soient cohérents entre leurs idéaux et leurs actes? Comment transformer, par exemple, les « autonomistes », qui sont des « souverainistes non pratiquants » (définition du sociologue Pierre Drouilly) en souverainistes?
 
 Comment faire de nos campagnes sociétales des réussites? Toujours clairifier les concepts, approfondir l'analyse, étudier les motivations, évaluer et restreindre la portée des obstacles. Il n'y a pas de recette miracle.

28 février 2009
 
La réforme du droit des associations : plusieurs aberrations
par Jacques Fournier, organisateur communautaire retraité
 
La Corporation de développement communautaire (CDC) de Longueuil a tenu, le 26 février, un déjeuner-causerie portant sur le projet gouvernemental de réformer le droit des associations, qui régit présentement les organismes à but non lucratif (obnl). La personne-ressource était Sylvain Saint-Onge, président de la Table nationale des CDC. Le gouvernement québécois avait tenu, en 2004, une première consultation à ce sujet. Une nouvelle consultation est en cours, sur la base d'un projet de réforme modifié.
 
Grosso modo, la nouvelle mouture comporte quelques améliorations du droit associatif mais, à mon avis, elle présente plusieurs aberrations qui manifestent une profonde méconnaissance de la culture et des valeurs du milieu communautaire.
Commençons par les points positifs. La nouvelle législation offrirait un meilleur encadrement pour les organismes qui reçoivent des dons du public. Par exemple, les exigences (nombre de membres au conseil d'administration, etc.) seraient plus grandes pour ces organismes que pour les autres « associations personnalisées » (ce serait le nouveau nom légal des obnl). Autres améliorations : un membre aurait le droit de présenter ses observations s'il est passible d'une sanction disciplinaire; plusieurs sujets fondamentaux seraient soumis aux membres en assemblée (la modification du but de l'association, etc.), etc.
 
Cependant, le projet de réforme comporte trois points plutôt aberrants, selon moi.
Premier point : le conseil d'administration d'une association personnalisée qui ne recueille pas de dons pourrait désormais être composé d'un seul membre. On cherche l'esprit du mot « association » dans cette idée saugrenue. Cette proposition est d'autant plus étonnante que lors de la consultation sur la réforme en 2004, la majorité des mémoires déposés étaient opposés à cette idée (voir p. 12 du document «Constats découlant de la consultation », octobre 2005) (1). A quoi sert de consulter les organismes si le gouvernement revient, quatre ans plus tard, avec une proposition déjà fortement rejetée?
 
Il est savoureux de lire dans la nouvelle proposition gouvernementale : « Le présent document de consultation sur la réforme du droit des associations personnalisées tient compte des commentaires formulés au cours de la consultation tenue par le registraire ainsi que du bilan qu'il en a dressé »  (p. 1, sous la signature de Monique Jérôme-Forget).
 
Comment expliquer cette attitude? Le chat sort du sac à la p. 10 de la proposition gouvernementale de 2009 (2) : il est proposé que le conseil puisse être composé d'un seul membre « comme dans les sociétés par action ». Le droit associatif des obnl s'apparente déjà beaucoup au droit des compagnies privées car il repose sur la 3e partie de la Loi des compagnies. Le gouvernement propose donc que le droit associatif des obnl ressemble encore davantage, si faire se peut, au droit des compagnies privées. C'est fort de café. Pourquoi vouloir toujours calquer l'entreprise privée? Elle n'obéit pas à la même logique que le milieu communautaire : c'est une observation sociologique élémentaire. A mon avis, on devrait toujours requérir au moins cinq membres pour constituer un conseil.
 
La réforme proposée n'exigerait que deux membres pour obtenir une incorporation, au lieu des trois actuels. Encore là, trois membres me semblent un nombre minimal mais il serait préférable que ce soit cinq. Qui a peur de la démocratie? Qui a peur de travailler en équipe, dans le cas d'une association?
 
Deuxième point négatif : sous prétexte de donner plus de liberté aux associations personnalisées, celles-ci auraient la «pleine capacité juridique». Cela pourrait signifier, par exemple, qu'un Centre des femmes pourrait, du jour au lendemain, se transformer en Maison de jeunes, sans adresser aucune requête à cet effet au registraire des entreprises. Quand on sait l'importance, pour les organismes communautaires, du « moment fondateur », du moment où l'on s'entend sur la mission et les buts de l'organisation, cette proposition est aberrante. Dans l'entreprise privée, c'est logique : un garagiste incorporé peut décider, le lendemain, de vendre de la dentelle et il ne doit pas changer son incorporation pour autant. Son but, c'est de faire du profit, de toutes les façons possibles. Dans le mouvement communautaire, on ne change pas de mission comme on change de chemise. La motivation des fondateurs est liée à un but précis.
 
Troisième point négatif : la proposition gouvernementale autoriserait une association personnalisée à inscrire, dans son « règlement intérieur », la possibilité pour un membre de se faire représenter par procuration lors d'une assemblée générale. On aurait pu trouver une meilleure façon de favoriser les présences lors des assemblées ! Cela est encore inspiré de l'entreprise privée où l'on observe un cumul du pouvoir entre quelques mains lors des assemblées.
 
Bref, la proposition de réforme du droit associatif semble encore à des années-lumière de la culture démocratique et des façons de faire du milieu communautaire. C'est incidemment le ministère des… Finances qui mène cette consultation.
 
Le gouvernement Charest a promis qu'il se comporterait différemment que lors de la période 2003-2007 et qu'il se mettrait à l'écoute de la population. Voici un bon test : qu'est-ce que le gouvernement va retenir, cette fois, des représentations que lui feront les groupes communautaires ? (les mémoires doivent être déposés avant le 31 mars).
 
 
 

6 janvier 2009
 
Les coopératives de santé entraînent-elles des dérapages?
par Jacques Fournier, organisateur communautaire retraité
 
S'il faut saluer le dynamisme des personnes qui ont mis sur pied des coopératives de santé, on doit par contre de plus en plus s'interroger sur les dérapages qu'entraîne cette formule dans le contexte québécois actuel.
 
Le problème : en plus de demander, ce qui est normal, l'achat d'une part sociale (disons de 20 $), la plupart des coopératives de santé exigent une cotisation annuelle de 100 $, 200 $ ou plus, ce qui contrevient clairement à la Loi canadienne de la santé, qui décrète que les services médicaux doivent être gratuits.  Un recours collectif pourrait même être entrepris avec succès contre les coopératives sur ce terrain. Des précédents existent.
 
La politique de tarification appliquée par les coopératives pourrait inciter certains médecins de cabinets privés à poser des gestes illégaux eux aussi. Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin, a déclaré à Gatineau que les médecins de cabinets privés « seront peut-être tentés d'imposer, eux aussi, des frais annuels à leurs patients pour couvrir les dépenses telles le loyer et les salaires du personnel » (Le Droit, 25 octobre 2008).
 
Le tarif à l'acte payé aux médecins par la RAMQ prévoit pourtant qu'une importante proportion, de l'ordre de 30%, de cette rémunération couvre les frais de personnel, de loyer, etc. Les médecins qui bénéficient d'un loyer gratuit ou quasi gratuit, ou qui exigeraient une cotisation, reçoivent ou recevraient, dans les faits, une double rémunération.
 
Si le ministre Yves Bolduc décidait de tolérer l'imposition de frais annuels par les coopératives de santé, comment pourrait-il interdire aux cliniques privées d'exiger une cotisation elles aussi? Il ne pourrait préconiser deux poids, deux mesures.
 
A l'heure actuelle, plusieurs coopératives de santé sont créées non pas ex nihilo mais pour remplacer une clinique privée. Ce ne sont pas de nouveaux services qui sont offerts mais plutôt des médecins déjà regroupés en cliniques privées qui trouvent soudain plus agréable d'avoir un loyer gratuit, ou presque, ainsi que des services de secrétariat. Est-ce cela l'esprit coopératif? C'est ce qui vient de se produire à Gatineau où la clinique privée de la rue Gréber vient de se transformer en coopérative. Action Santé Outaouais, un organisme communautaire voué à la préservation de notre système public et gratuit, dénonce, avec raison, le fait que cette coopérative exige des frais annuels de 100 $. Mis au courant de cette situation, le ministre Yves Bolduc se dit « préoccupé » mais tarde à agir. Le problème est pourtant connu depuis plusieurs années.
 
Le Collectif des maires de la MRC de Nicolet-Yamaska, dans Le Devoir du 21 octobre, a vu juste en disant que la création de coopératives de santé était une façon de déplacer le problème : « De plus en plus d'indices montrent que l'on déplace ainsi simplement le problème d'un territoire rural à un autre. Et surtout, est-ce équitable pour les communautés et citoyens ruraux comparativement au restant de la population? »  Les médecins vont maintenant s'installer là où les municipalités, via des coopératives, leur offrent les plus beaux locaux, et autres avantages, payés avec les taxes municipales, alors que les citoyens paient déjà des impôts au gouvernement québécois pour rémunérer ─ raisonnablement ─ les médecins. « La grande séduction » coûte cher aux municipalités, et à leurs contribuables, qui jouent ce jeu de surenchère.
 
Les coopératives de santé amélioreraient beaucoup leur image et leur crédibilité en décidant collectivement d'abolir leurs cotisations annuelles. C'est possible car certaines d'entre elles n'imposent pas de tels frais. Cela ne réglerait pas tous les problèmes mais cela dissuaderait vraisemblablement la FMOQ de proposer à ses membres de nager dans les eaux toujours troubles de l'illégalité.
 

 27 octobre 2008

Les groupes communautaires de Longueuil
et le CSSS Pierre-Boucher
par Jacques Fournier, organisateur communautaire retraité
 
Plusieurs groupes communautaires de Longueuil ne semblent pas très enchantés à l'idée de participer au projet clinique du CSSS Pierre-Boucher si ce projet s'étend également à toute la MRC de La Jemmerais jusqu'à Contrecoeur. C'est ce qui ressort des interventions faites lors d'un déjeuner-causerie organisé par la Corporation de développement communautaire (CDC) de Longueuil le 7 mai à la Maison Le Tremplin.
 
La personne-ressource était Caroline Barbir, d.g. du CSSS Pierre-Boucher, qui venait prendre contact avec les groupes et les inviter à participer au « projet clinique » du CSSS (en termes simples : l'organisation des services sur le territoire élargi). En 2004, la CDC de Longueuil avait présenté un mémoire à l'Agence régionale demandant qu'il y ait deux CSSS (arrondissement du Vieux-Longueuil, d'une part et MRC de La Jemmerais, d'autre part) mais le gouvernement Charest n'était pas particulièrement en mode écoute à cette époque et la recommandation n'avait pas été retenue.
 
Le CSSS Pierre Boucher veut mettre sur pied dix tables pour élaborer les projets cliniques reliés aux diverses clientèle (perte d'autonomie liée au vieillissement, etc.). Les groupes de Longueuil ne semblent pas très intéressés à faire de longs déplacements vers Varennes, par exemple, pour participer aux rencontres. De plus, ils ne connaissent pas les problèmes de ce territoire semi-rural et la sociologie des deux MRC est trop différente. Plusieurs groupes craignent que le « projet clinique » soit un éléphant blanc, élaboré uniquement pour se conformer à la loi, mais qui n'apportera pas de changements significatifs. Il y a par ailleurs déjà 27 tables de concertation existantes dans l'arrondissement du Vieux-Longueuil : les groupes sont déjà très accaparés par les mécanismes locaux de concertation.
 
A la question, « Allez-vous forcer les groupes de Longueuil à étendre leur territoire vers Contrecoeur pour obtenir des contrats de services? », elle a répondu : « Je ne pense pas. Cependant, nous recevons parfois des commandes du MSSS et de l'Agence avec lesquelles nous ne sommes pas nécessairement d'accord. Pour avoir l'argent, il faudra alors peut-être étendre les territoires des groupes ».
 
Plusieurs questions ont été posées concernant le respect de l'autonomie des groupes, le rôle d'exécutants (de sous-traitants) des groupes, la reddition des comptes, etc.
 
Depuis la fusion, les infirmières des CLSC ne vont plus donner de vaccins anti-grippe dans les HLM pour personnes âgées et les résidences. Un participant a demandé : « Est-ce ce qu'on appelle des services de proximité améliorés? » Mme Barbir a répondu : « Ce fut une erreur de notre part. On va rectifier ça l'an prochain »
 
Mme Barbir a déclaré que « La complémentarité à sens unique n'existe pas » et qu'elle est prête à se laisser influencer par les valeurs et les façons de faire des groupes communautaires, si les groupes acceptent d'être influencés de leur côté par la culture institutionnelle.
 
Mme Barbir a comparé le réseau local de services à une toile d'araignée. Un participant dans la salle a exprimé sa crainte que l'araignée bouffe tout…
 

17 mars 2008
 
Forum de la Coalition Solidarité Santé
Comment combattre les folies de la « transformation » et de la soi-disant « modernisation »
par Jacques Fournier
 
Environ 220 personnes ont participé au Forum organisé par la Coalition Solidarité Santé, samedi le 15 mars, au Cégep Maisonneuve à Montréal, sur les solutions publiques dans le secteur de la santé et les services sociaux. En voici un bref compte rendu.
 
La table ronde initiale donnait tout d'abord la parole à l'économiste François Béland qui a démontré, de façon claire, limpide et rigoureuse, comment nous pouvons avoir une lecture différente de la part que l'État québécois consacre à la santé. Pour y arriver, il utilise un dénominateur beaucoup plus pertinent des dépenses de l'État que celui qu'utilisent tous les Clair, Castonguay et autres enfarinés qui manipulent les chiffres pour donner une image catastrophique de la situation. De fait, le gouvernement québécois consacre 30% et non 43% de ses fonds à la mission santé. Un bel exemple de « déconstruction » du discours des élites néo-libérales.
 
Ensuite, Mélanie Bourque, professeure à l'UQO, nous a expliqué le concept de « nouvelle gestion publique » et ses méfaits concrets sur les services à la population.
Enfin, Lorraine Guay, militante engagée, véritable dynamo, nous a parlé de l'importance de la mobilisation citoyenne et de la multiplication des lieux de résistance. « Il y a des combats qu'il faudra toujours recommencer , dit-elle, pour éviter les retours en arrière ». Elle a expliqué qu'avec les Castonguay, nous ne sommes plus dans la rationalité : les positions de son groupe de travail vont à l'encontre de la très grande majorité des études scientifiques.
 
Six ateliers substantiels ont suivi. Dans l'atelier sur l'hébergement des personnes âgées, auquel j'ai participé, j'ai été touché par le témoignage de Denis Tremblay, président du Syndicat CSN du CSSS Jeanne-Mance, de Montréal. Il a expliqué comment a été annoncée, de façon brutale, la fermeture du CHSLD Jacques Viger. Une mobilisation importante est en cours pour contrer ce projet qui bouscule les bénéficiaires et le personnel, tout en pourrissant le climat de travail. Le PDG de l'Agence de Montréal, David Levine, joue un rôle malsain dans ce dossier : malgré ses discours sirupeux sur l'importance de l'humain, il n'a, dans les faits, guère plus de conscience sociale que les PDG des multinationales qui délocalisent des usines ailleurs dans le monde.
 
Dans le même atelier, il était impressionnant d'entendre le récit, par le président du Syndicat du CSSS Richelieu-Yamaska (région très élargie de St-Hyacinthe), de la mobilisation qui a empêché la direction de réaliser son projet tout à fait inapproprié de fermeture du CHSLD André-Perreault. La campagne citoyenne a été exemplaire : travail médiatique, pétition impressionnante, manifestation très réussie, appui des élites locales, etc. Cet exemple prouve que la volonté populaire bien organisée peut contrer les folies de la « transformation », de la « réingénierie » et de la soi-disant « modernisation ».
 
La plénière finale a permis de faire une courte liste de pistes d'action :
- continuer la déconstruction du discours catastrophiste du gouvernement dans le secteur de la santé et des services sociaux;
- mettre de l'avant l'importance d'une fiscalité réellement redistributive (l'impôt), garant de solidarité et d'équité sociale;
- encourager la gestion participative qui permettrait au personnel de s'impliquer davantage dans les solutions, par exemple pour diminuer les listes d'attente;
- renforcer l'éducation populaire, utiliser et multiplier nos réseaux;
- mettre sur pied un Tribunal populaire pour juger les méfaits du gouvernement Charest;
- tenir des États généraux sur la santé et les services sociaux.
 
Il y aura une grande manifestation nationale, le samedi 3 mai, au Parc Lafontaine (Montréal), organisée par toutes les centrales syndicales. Une suggestion a été émise lors de la plénière; que soit conçu un signe distinctif, un logo contre la privatisation (sous forme de cocarde ou autre), que pourraient porter tous les manifestants et manifestantes à cette occasion.

 

 
11 mars 2008
 

L'avenir du réseau de la santé et des services sociaux

passe par de petites unités

par Jacques Fournier

A paraître dans la revue Possibles – texte complété le 1er mars 2008

 
Que sera le réseau de la santé et des services sociaux dans dix ans? dans vingt ans? Il y a, bien sûr, la question de la privatisation de certains éléments de ce réseau, qui se discute et qui est fortement combattue par les groupes progressistes. Comme cet asepct du dossier est passablement bien documenté, j'ai plutôt choisi, dans ce texte, d'aborder la question de la restructuration du réseau.
 
Le grand public est peu au courant des effets délétères et même dévastateurs des fusions massives qui ont été effectuées par le gouvernement Charest, à compte de l'été 2004, à la suite de l'adoption, sous le bâillon, du projet de loi 25 en décembre 2003. Le gouvernement a alors créé des méga-Centres de santé et de services sociaux (CSSS) en fusionnant de force les CLSC, les Centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) et les hôpitaux. Il faut dire que le ministre Philippe Couillard a toujours projeté l'image rassurante d'un bon médecin et que le public a peut-être eu l'impression que l'opposition aux fusions était le fait de personnes résistantes au changement : les compagnies privées fusionnent entre elles, donc ce qui est bon pour le privé devrait être bon pour le public, se dit-on sans analyse poussée ni réflexion approfondie.
 
Dans le réseau de l'éducation, les intervenants ont été plus chanceux, si l'on peut dire, que le personnel du réseau de la santé et des services sociaux : en effet, l'opposition à la réforme de l'éducation (de même farine bureaucratique que la réforme en santé) a été plus efficace et cette réforme a donc davantage de plomb dans l'aile.
 
Pour moi, l'avenir du réseau de la santé et des services sociaux passe par la re-création de petites unités de travail. Il faudra donc, et ce sera pénible, défusionner un certain nombre de CSSS si on veut redonner de l'efficacité au réseau, de la motivation au personnel et des services de qualité aux usagers. Ce n'est pas demain la vielle que nous y arriverons mais il n'est pas trop tôt pour y réfléchir. C'est ce que je vais chercher à démontrer et à illustrer dans cet article tourné vers l'avenir.
 

26 juin 2007
 
La participation citoyenne, qu'est-ce que ça vous dit?
par Jacques Fournier
 
Chronique mensuelle dans le journal communautaire Point Sud
 
 La Corporation de développement communautaire (CDC) de Longueuil, qui regroupe environ 80 organismes communautaires, organise les 20 et 21 septembre les Journées sur la participation citoyenne (voir http://www.cdclongueuil.org). Qu'est-ce que ça mange en hiver, la participation citoyenne?
 
 C'est très simple et il y a plusieurs degrés, si l'on peut dire, de participation citoyenne. La mère de famille qui s'implique dans le comité d'école de son enfant, c'en est, de la participation citoyenne. Le père de famille qui est instructeur d'une ligue de hockey, c'en est aussi. En fait, la participation citoyenne, c'est tout ce qui permet aux citoyens et citoyennes de faire quelque chose de positif et d'utile pour la communauté. C'est ce qui permet aux gens de cesser de regarder leur nombril, comme l'idéologie dominante le proclame : le haïssable « me, myself and I ». Il est navrant de voir la publicité présenter de gros « JE » majuscules pour nous vendre n'importe quoi.
 
 Le deuxième degré de la participation citoyenne, c'est l'implication dans des groupes communautaires, pour des motifs individuels (une situation vécue au plan personnel ou familial) ou par altruisme. Quand prend-on conscience qu'il y a un problème social et qu'il faut faire quelque chose collectivement? Pierre Foglia résume bien : « La conscience n'est pas innée. Elle vient par l'expérience partagée, par l'injustice constatée, par l'indignation, par la lucidité, par la culture » ( La Presse, 14 janvier 2006).
 
 Le troisième degré, c'est l'implication politique partisane. Malheureusement, ce type d'implication a été dévalorisé ces dernières années. On note un cynisme ambiant et facile : « Les politiciens sont tous des pourris ». Il y a le fait que certains médias vont souvent chercher le petite faille dans la vie antérieure du politicien et qu'il faut être drôlement blindé au plan personnel pour subir diverses indélicatesses. Mais c'est une tâche très noble de représenter ses concitoyennes et concitoyens. Il est tout simplement ridicule de voir des gens d'affaires empocher des millions en rémunération annuelle alors que les politiciens ont un salaire simplement normal. Quelle échelle de valeurs tordue anime nos sociétés!
 
 Aujourd'hui, on peut combiner la démocratie représentative et la démocratie participative pour développer des modèles de plus en plus avancés de démocratie. A nous d'y travailler, toutes et tous!

Mais ce n'est pas toujours simple. Philippe Breton, auteur, entre autres, de "La parole manipulée" (Boréal), rapporte que, selon des sondages, la plus grande peur des gens, ce n'est pas d'être attaqué le soir dans la rue, mais c'est de parler en public. De très nombreux citoyens et citoyennes ont peur de se lever et de prendre la parole en public. Il y a une inégalité des gens devant la prise de parole. Il faudrait davantage former les citoyens à parler en public. La démocratie y gagnerait.
 

26 juin 2007
 
Faut-il dégraisser les Agences régionales ?
Les C3S ont-ils les moyens de définir leur propre projet clinique?
par Jacques Fournier
rédacteur en chef
Interaction communautaire
 
Les C3S ont-ils les moyens de définir leur propre projet clinique? La décentralisation leur a-t-elle donné les ressources pour le faire? Pour tenter de répondre à cette question, il faut faire un bref retour en arrière.
 
En décembre 2003, lorsque la loi 25, forçant les fusions CH-CLSC-CHSLD, a été adoptée sous le bâillon, une abondante littérature en provenance du MSSS disait qu'une fois les Réseaux locaux mis sur pied, les Agences régionales se délesteraient de ressources humaines et financières au profit des C3S car ces derniers seraient dorénavant les maîtres d'oeuvre, dans une perspective de décentralisation. D'ailleurs, le Parti libéral avait même promis explicitement, lors de la campagne électorale de 2003, d' « abolir » les Agences régionales.
 
 Aujourd'hui, les Agences régionales de développement des réseaux locaux (ARDRLSSS) ont terminé leur mandat d'implantation des Réseaux locaux et sont devenues des Agences de la santé et des services sociaux (ASSS). Elles se portent très bien. Car les ressources humaines sont restées dans les Agences et n'ont pas été transférées dans les C3S. Comme la bureaucratie a une capacité de survie fort grande et comme il faut occuper ce personnel, les Agences ont décidé de continuer à exercer une certaine tutelle sur les C3S en consacrant des énergies à définir ce que devraient être les "projets cliniques". Les C3S bénéficient donc de tous les désavantages de la décentralisation (gérer sur le terrain le manque de ressources) sans en avoir les avantages (exercer le pouvoir local de décision). Quant aux Agences régionales, non seulement n'ont-elles pas été abolies, mais leur budget a augmenté entre 2005-2006 et 2006-2007, passant de 87 917 000 $ à 90 351 000 $ (par contre, ce budget avait légèrement baissé les années précédentes).
 
Les groupes communautaires souhaitent, avec raison, que le budget du SOC (soutien aux organismes communautaires) demeure régional car cela donne aux groupes une meilleure garantie de conserver ce budget dédié à leur mission de base. Mais les Agences ont besoin de peu de personnel pour gérer ce dossier. Les autres employés (autres que ceux des Directions de la santé publique) sont donc affectés, pour plusieurs, à définir les fameux "projets cliniques", ce qui devrait être la tâche des C3S... avec les ressources transférées des Agences. Même si le législateur a donné quelques mandats supplémentaires aux Agences régionales entre-temps (gestion des ressources informationnelles, contrôle de la qualité des services, etc.), cela ne justifie pas que leurs budgets aient le vent dans les voiles, au détriment des C3S.
 
Dans plusieurs régions, on a observé que les Agences régionales ont repris le contrôle sur le contenu des "projets cliniques" qu'elles avaient laissé au départ entre les mains des C3S, comme le requiert la Loi.
 
 Pendant que les cadres des C3S s'essoufflent à réorganiser leurs structures internes, la bureaucratie régionale ronronne et continue à prendre les décisions et à encadrer les « projets cliniques », tout en étant moins imputable qu'auparavant des résultats.

 

 
26 juin 2007
 
Conférence de presse de la Coalition Solidarité Santé du 12 décembre 2006
 
Dossier noir sur la Contre-Réforme Couillard-Charest,
sur la fusions et la « réingénierie »
 
Dossier préparé par la Coalition Solidarité Santé (comité « réingénierie »). Compilé par Jacques Fournier, rédacteur en chef, Interaction communautaire, revue publiée par le Regroupement des intervenants communautaires en CSSS. Décembre 2006.
 
Note sur l'appellation Contre-réforme
 
La réforme Couillard-Charest est en fait une Contre-Réforme, un peu au sens où les catholiques ont cherché à contrer la Réforme protestante après avoir excommunié Luther en 1521. La Réforme qui a eu lieu au Québec au début des années 70 mettait sur un pied d'égalité les services de santé et les services sociaux et créait les CLSC qui avaient cette double vocation. En 2004, en faisant disparaître les CLSC et en créant les CSSS qui, dans les faits, donnent l'essentiel du pouvoir au complexe médico-hospitalier, on revient au modèle des années 50.
 
Une illustration de ceci. Auparavant, nous avions l'Association des CLSC et des CHSLD qui condamnait le crédit d'impôt pour le maintien à domicile en disant qu'il sert « à payer la verrerie de cristal dans les résidences privées ». Aujourd'hui, l'AQESSS, l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux, qui résulte de la fusion de l'Association des hôpitaux et de l'Association des CLSC et des CHSLD, émet un communiqué de presse, lors du dernier budget québécois, pour « saluer l'augmentation du crédit d'impôt pour les services à domicile ». Que contraste! Il n'y a plus de représentants institutionnels de haut niveau pour défendre une vision sociale des services de santé et des services sociaux. La réforme Couillard-Charest est véritablement une Contre-Réforme, un retour en arrière.

Les 26 faits ou événements colligés sont regroupés en cinq chapitres :
A – Les coupures de services
B – La diminution des services préventifs
C – L'hospitalo-centrisme
D – Les reculs de la démocratie
E – Les démissions des cadres, la démobilisation du personnel, les pertes de temps en déplacements et les territoires trop grands et ingérables.
 

A – Les coupures de services

 Les usagers doivent se déplacer
 Lors de la campagne de vaccination anti-grippe 2006, les usagers du CLSC St-Michel, qui avaient auparavant accès au vaccin dans leur CLSC, sont maintenant obligés de se déplacer vers le CLSC St-Léonard pour recevoir l'immunisation. Le territoire du CLSC St-Michel es un des plus pauvres de Montréal et beaucoup de résidents s'y déplacent en transport en commun.
 
Autre situation : avant la fusion, le CLSC X et le CLSC Y offraient chacun des rencontres pour les parents d'ados. Depuis la fusion, les cours sont concentrés au CLSC Y et ce sont les parents du territoire X qui doivent se déplacer pour aller au CLSC Y. Services de proximité, avez-vous dit?
 
Baisse des services à la clientèle
 
La direction du CSSS  X a décidé de faire payer les usagers pour le stationnement du CLSC voisin,  à cause de sa proximité avec le stationnement de l'hôpital. Conséquence : les clientèles vulnérables, malgré des mécanismes pour réduire l'impact des coûts, boudent les rencontres. La fréquentation des rencontres Parlons bébés, par exemple, est passée en quelques semaines de 73 à 22 mères.
850 jours plus tard !
 
Lettre de Pierre Ippersiel, président du Collectif Vigilance Petite Nation, parue dans Le Droit, Ottawa, 11 octobre 2006.
 
« Il y a 850 jours, l'Agence régionale de l'Outaouais, appuyée fortement par le député Norm MacMillan, promettait que la fusion du  CLSC/CHSLD de la Petite Nation avec les établissements de Gatineau,  secteur de Buckingham, était le meilleur moyen et surtout le plus  efficace pour donner au CLSC de Saint-André-Avellin un service  médical accessible 24 h par jour et 7 jours semaine.
 
« Hélas, il y a très loin des promesses à la réalité ! Dans les faits,  à ce jour, on a ajouté une journée de 7 heures, soit une augmentation  d'environ 4 à 5 % en regard de l'objectif.
 
« Pourtant, dans Le Droit de la semaine dernière, on faisait écho à  l'assemblée générale du CSSSP et selon son président, tout a l'air  d'aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. On ne voit  vraiment pas pourquoi les gens de la Petite Nation se plaindraient, il suffit de rappeler quelques promesses et puis d'être patient.  Combien d'années encore ?
 
« Il y a quelques mois, on parlait d'ouvrir, en décembre, une septième  journée à l'urgence, mais la direction générale dit maintenant  "qu'elle ne peut donner de date". Alors, on répète des promesses et  on se dit que le bon peuple comprendra sûrement qu'on ne peut faire mieux.
 
« Hélas, 850 jours plus tard, les gens de la Petite Nation n'ont pas plus de service, seulement plus de promesses. »
 
Une « réorganisation dévastatrice »
 
Dans un long et substantiel texte publié dans le Devoir du 24 mai 2006, et intitulé « Le plan d'action en santé mentale 2005-10 : contre une réorganisation dévastatrice », près de 200 intervenants en santé mentale de Montréal dénoncent la réingénierie en santé mentale décrétée par l'Agence régionale. Leur texte se termine ainsi : « Nous ne sommes pas réfractaires au changement ni même à des réorganisations. Cependant, avant que le plan d'action ne soit appliqué, nous souhaitons vivement qu'un véritable débat clinique ait lieu sur «la force des liens». Car si c'est ce qui est véritablement visé par ce plan, alors il serait souhaitable de partir des liens existants et non de leur dissolution. »
 
La déshumanisation des services de soutien à domicile
 
Extraits d'un excellent texte écrit par David Bergeron, travailleur social en Estrie, et paru dans Le Devoir du 2 novembre 2006 : « Les coûts sociaux de la réforme Couillard -  La déshumanisation des services à domicile ».
 
« La situation apparaît particulièrement inquiétante dans les services de maintien à domicile de nos centres de santé et de services sociaux (CSSS). En effet, à défaut de mobiliser les ressources humaines suffisantes, des personnes en perte d'autonomie attendent plusieurs mois, voire des années, avant d'obtenir des services sociaux, lesquels s'avèrent de surcroît de moins en moins adaptés à leurs besoins. [...]
 
« Perte d'autonomie des professionnels
 
« Aujourd'hui, il ne reste plus grand place au professionnel pour manoeuvrer dans le dédale de nos réseaux intégrés de services, où tout semble déterminé d'avance. De fait, avec la création de corridors de soins et le déploiement des nouveaux programmes- services, il devient quasi accessoire d'exercer son jugement clinique et d'approfondir la notion de besoins au-delà de leur simple identification.
 
« Car l'offre de services, fragmentée en divers programmes-services, détermine d'avance les besoins auxquels le professionnel est susceptible de répondre dans sa pratique. Autrement dit, l'usage aura permis aux experts de définir une gamme de services destinés à chacune de ces nouvelles clientèles. Et cela, sans trop questionner le sens que prête le citoyen-usager à chacune de ces activités. (…)
 
« En clair, on assiste à une véritable déprofessionnalisation des services sociaux en première ligne. Les professionnels ne sont plus maîtres de leur pratique! Désormais, leurs interventions doivent pouvoir s'inscrire «statistiquement» à l'intérieur d'un programme- service et s'accorder en intensité avec certaines cibles ministérielles. Par ailleurs, ils doivent apprendre à fermer les yeux devant les listes d'attente qui, de toute façon, ne leur appartiennent plus. [...] »
 
L'amélioration des services au moyen des fusions, « une hérésie »
 
Extrait d'un article de Paul G. Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, paru dans Le Devoir du mercredi 16 août 2006 (Les autres ratés de la réingénierie en santé) : « La proposition dans le projet de loi 25 selon laquelle la fusion des hôpitaux améliorera, voire augmentera les soins et les services à la population, le législateur prétendant par là que le principe d'économie d'échelle issu des unités privées de production de biens s'applique aux unités de production de soins ou de services à la personne. Quelle hérésie ! » (note : l'article de M. Brunet mentionne tant des ratés et que des bienfaits de la réforme)
 
Centre hospitalier de Lachine -
Les partisans d'un hôpital complet gagnent une manche
 
(Le Devoir du 25 octobre 2006) « Les militants pour le maintien de la vocation traditionnelle du Centre  hospitalier de Lachine ont remporté lundi soir une manche importante en  faisant élire les quatre candidats du Comité de relance de l'hôpital au  conseil d'administration du CSSS de Dorval-Lachine-Lasalle.
 
«On est maintenant sûrs que l'opinion de la population sera bien  entendue au c.a., a déclaré le docteur Paul Saba, directeur de la Table  sectorielle qui mène le combat pour éviter un changement de vocation de  l'hôpital. Selon lui, le vote de lundi «confirme que la population veut  à Lachine un hôpital communautaire avec tous les services de base, les  soins intensifs, des ambulances, des chirurgies... Un vrai hôpital.»
 
Jeudi dernier, les membres du c.a. du Centre de santé et de services  sociaux (CSSS) de Dorval-Lachine-LaSalle avaient adopté une résolution  modifiant la mission de l'hôpital de Lachine pour en faire un centre  hospitalier ambulatoire. Le plan indiquait essentiellement que Lachine  servirait surtout pour des services spécialisés, tandis que l'hôpital de  Lasalle (aussi géré par le CSSS) accueillerait l'ensemble des activités  nécessitant une hospitalisation. Neuf des 16 membres du c.a. avaient  participé au vote.
 
Le lendemain, toutefois, le ministère de la Santé et des Services  sociaux a réaffirmé dans un communiqué que le gouvernement n'avait pas  tranché dans ce dossier et que la résolution du c.a. serait étudiée par  un comité qui évaluera sa pertinence, sa faisabilité et les coûts du  projet. Au besoin, ce comité d'évaluation pourra modifier le projet et  soumettre sa propre proposition au nouveau c.a., qui devra alors  repasser au vote. C'est ici que la nouvelle composition du conseil  pourrait changer la donne. Près de 3200 citoyens ont participé au vote de lundi. »

B – Les diminutions de services préventifs
 
Transfert du déficit de l'hôpital au CLSC
« La partie CH du CSSS a un déficit d'environ 450 000 $ au 31 mars 2005. Ils ont donc pigé 54 000 $ du surplus récent de la mission CLSC-CHSLD et pris également 165 000 $ du surplus accumulé antérieurement par la mission CLSC-CHSLD. Le préventif a bel et bien épongé le curatif. » (NDLR : Et pourtant, cette pratique est supposément interdite par le plus-que-parfait ministre Couillard, qui parlait de « clapet unidirectionnel » du CH vers le CLSC…)
 
Centralisation d'Info-Santé
 
« L'Agence de Montréal est en train de centraliser les services d'Info-Santé sur le territoire (ce sera effectif le 9 décembre 2006). Pour ce faire, elle rapatrie les budgets des établissements pour la composante d'Info-Santé. Or, les coûts réels pour ce service sont beaucoup moindres que les sommes reçues depuis plusieurs années par les établissements pour Info-Santé. Les établissements montréalais ont donc demandé de tenir compte de cette réalité, en ne rapatriant que les coûts réels. Refus de l'Agence. Les établissements (CLSC) devront donc composer avec un important manque à gagner. Pour l'un des établissements, c'est une coupure récurrente d'environ 150 000 $ dont il s'agit, donc des services directs qui devront être sabrés. Il semblerait aussi que le fait de rapatrier les services se soldera par une économie pour Info-Santé.  Il y a fort à parier que l'Agence récupérera ainsi un bon montant. Où sera-t-il réinvesti, en mission CLSC ou en mission CH ? »

C – L'hospitalo-centrisme
 
Changement unilatéral
 
 Témoignage d'une infirmière de CLSC, aux soins à domicile (un CLSC fusionné avec un gros CH) : «  Au CH, rien n'a changé. Le personnel n'a pas de réunions au sujet de la réforme. Ils ne sont pas informés du changement. Il n'y a qu'au CLSC qu'on travaille à changer les pratiques. Ça marche à sens unique. Une infirmière du CH m'a dit : avez-vous des questions sur notre fonctionnement? Elle ne voulait pas savoir comment nous fonctionnons au CLSC ».
Et l'ACCQ, des pinottes?
 
 Une infirmière-cadre d'un hôpital se fait demander : c'est quoi l'AQESSS? Elle répond spontanément : c'est l'ancienne AHQ! Or l'AQESSS, l'Association québécoise d'établissements de SSS, résulte de la fusion de l'ancienne Association des hôpitaux avec l'ancienne Association des CLSC et des CHSLD, l'ACCQ. Alors, l'ACCQ, c'était des pinottes pour les hôpitaux? La réponse de l'infrmière-cadre était tellement spontanée…

D – Les reculs de la démocratie
 
Sherbrooke : fusion du CSSS et de l'IUG (Institut universitaire de gériatrie), un processus en mal de démocratie
 Clément Mercier, professeur nouvellement retraité de l'Université de Sherbrooke, analyse sévèrement « L'implantation du réseau local de services sociaux et de santé à Sherbrooke : un processus en mal de démocratie » dans la revue Nouvelles pratiques sociales, vol. 18 no 2, 2006, pp. 212-222. Il mentionne «… la précipitation, l'improvisation et l'absence de transparence et de respect démocratique dans l'analyse des situations et la prise de décision » (p. 213). Il note qu'il n'y a aucune évaluation connue des résultats des fusions antérieures (p. 215). Il remarque « une démarche de consultation bidon » (p. 218), «…un bris du lien de confiance entre la direction du CLSC et une bonne partie du personnel terrain à un moment capital… » (p. 219), « la fusion… plutôt contre-nature » (p. 221), « …une nouvelle structure technobureaucratique de livraison de services qu'on devra à nouveau ‘réformer' avant longtemps… » (p. 222).
 
Démission du président du c.a. du CSSS de la Pointe-de-l'Ile
 
 Dans La Presse du 3 juillet 2005, M. Alain Roy, président du c.a. du CSSS de la Pointe-de-l'Ile, explique les raisons de sa démission : « L'année écoulée m'aura permis de constater de visu les grands risques de bureaucratisation et de déshumanisation auxquels la réforme Couillard expose la population et l'ensemble du personnel du réseau de la santé et des services sociaux (…) (les gestionnaires) il leur reviendra désormais d'administrer d'énormes structures impersonnelles (…) (les CSSS) ils édulcorent le principe du ‘citoyen décideur' en dépossédant les communautés de leurs institutions (…) Maintenir de tels conseils (d'administration) à des fins politiques relève du simulacre ».
 
Démission de trois membres du c.a. du CSSS Richelieu-Yamaska
 
 Dans L'Oeil régional (Beloeil) du 23 avril 2005, on peut lire : « Le CSSS Richelieu-Yamaska est en crise (…) Le CSSS Richelieu-Yamaska vit des moments extrêmement difficiles. Le mois dernier, un des membres du conseil d'administration remettait sa démission pour protester contre la nomination de Denis Blanchard à la direction générale de l'organisme. Cette semaine, deux autres membres du conseil ont à leur tour fait parvenir leur démission au ministre de la Santé, Philippe Couillard. »
 
 Dans L'Oeil régional du 30 avril 2005, on annonce que le ministre Couillard interviendra directement dans cette crise.
 
Le c.a. fonctionne presque sans aucune discussion
 
Extraits de l'opinion personnelle de Jacques Tricot, agent de relations humaines dans un CSSS , (diffusion sur des listes collectives de courriel) : « Vient la loi 25 et on est fusionnés de force en un méga-gigantesque  éléphant de 2400 employés (on était 240 au CLSC), qui, bien sûr, va  fonctionner mieux ! Après près de deux ans, tous les cadres ou  presque ont changé de fonction, de lieu de travail, se promènent en  taxi entre les 11 lieux de services, et de temps en temps, trouvent  du temps pour répondre aux questions et demandes des employées. On  dirait des fantômes qui hantent des couloirs.
 
« Côté services, cela a déjà été soulevé, il y en a moins… il faut bien  payer la structure mise en place. Je ne m'étendrai pas là-dessus.
 
« Côté démocratie : les décisions sont prises par un c.a. nommé par le  ministre de la Santé, composé exclusivement de personnes qui n'ont  jamais levé la voix contre l'idée de fusion d'établissement. Une fois  par mois, ces personnes décident de l'avenir de l'établissement  (budget de plus de 100 millions) : une trentaine de points, adoptés à  l'unanimité sans vote, passés en moins d'une heure trente. Et  j'oubliais : sans aucune discussion, ou si rare ! Il est loin le  temps où le c.a. de notre petit CLSC réfléchissait sur les orientations  concernant les heures d'ouvertures, ou sur les services à mettre en place dans notre quartier. »
 
Attitude paternaliste
 
 Dans un CSSS, l'équipe communautaire présente à la direction un document de 25 pages, proposant un fonctionnement possible pour l'équipe communautaire. Ce document est transmis, pour avis, au Conseil multidisciplinaire où siège le d.g., qui a cette réaction : « Votre démarche est prématurée. Vous êtes comme des enfants qui avez préparé le souper alors que les parents avaient un autre menu en tête » (sic). Gestio
 
 
 
 


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